12 janvier 2021

Ibrahim Bemba Kébé – L’esprit du Korèduga : Se servir du passé pour servir le présent.

Président de Sanou’Art, un collectif de jeunes artistes peintres maliens installé à Bamako Ibrahim Bemaba Kébé fait partie de ses artistes qui jouent à la carte de la réinvention du passé de l’Afrique. Sorti major de sa promotion (Arts plastiques, licence) du Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté de Bamako en 2019, Kébé explore la culture des Kôrôdougaw dont l’importance du rôle échappe à plus d’un contemporain dans la société moderne malienne.
Se servir du passé pour servir le présent et jeter les bases de futur, tel est le piédestal du jeune artiste plasticien malien, Ibrahim Bemba Kébé, qui puise ses inspirations chez le Kôrôdougaw (bouffon), une société malienne connue pour son comportement comique qui, autrefois, jouait un rôle de médiateur entre des personnes et des communautés dans leurs différends. Aujourd’hui, le Kôrôdouga est plutôt connu pour son coté comique car bon nombre ignorent son rôle primordial dans la société. « Avec le Kôrôdouga j’invite surtout à un retour au passé. Je pense qu’on peut réinventer le passé et préparer l’avenir en jetant un regard sur leur culture. Si les Kôrôdouga sont valorisés et leur rôle reconnu, ils peuvent apporter beaucoup de choses à notre société» insiste l’artiste dont les œuvres gravitent autour de la danse, l’habillement, l’expression faciale…des Kôrôdouga.
L’émigration clandestine, la drogue, le sexe, les problèmes socio-politiques et la condition de la femme sont des thématiques phares abordés dans les créations d’Ibrahim qui aspire également à une redéfinition de la place de la femme dans notre société. « J’accorde la même place à la femme qu’à l’homme dans mes créations parce que chez les Kôrôdouga, il n’y a pas un sexe supérieur à l’autre. Il n’est pas rare de voir des hommes Kôrôdouga habillés en femmes et vis-versa. Je réclame plus de place pour les femmes dans notre société. Les Kôrôdouga ont compris que la femme est sacrée, qu’elle mérite le même traitement que l’homme, voire mieux », soutient-il.
La récupération est la source nourricière des œuvres d’Ibrahim créées à partir des déchets plastiques, d’anciens téléphones, chaussures en plastique usées ou encore le fer. La préservation de l’environnement est un défi personnel pour l’artiste. Un engagement qui n’échappe pas à la culture des Kôrôdougaw qui ont la manie de récupérer tout ce qui leur tombe sous la main. Avec cette démarche, Ibrahim Bemba Kébé s’engage à préserver et valoriser la culture des Kôrôdouga, inscrits sur la liste du patrimoine immatériel de l’Unesco depuis 2011.
Ibrahim Kébé, est un artiste talentueux doté d’un esprit créatif. Cet atout, Kébé le met au service de l’art et de sa communauté. C’est pourquoi, il compte créer des espaces de jeux pour les enfants des quartiers défavorisés de la capitale. Un projet qui sera mené dans un premier temps à Bamako, avant de s’élargir dans d’autres régions du pays.
Après une exposition individuelle intitulée « La danse des korèdugaw » à l’Institut Français du Mali en septembre 2020, Ibrahim Bemba Kébé rentre d’une résidence de création de trois mois à la Friche la Belle de Mai à Marseille (France) dans le cadre des Rencontres à l’Échelle des Bancs Publics. Une résidence financée par l’Institut français et l’ambassade de France de Bamako.
À noter que « La danse des korèdugaw » avec les sculptures de l’artiste se poursuit en Essonne (France), dans des lycées et au théâtre de L’arlequin avec le danseur et performeur malien Modibo Konaté alias Van. Elle devra se poursuivre à Bamako dans des espaces publics et ouvert. Une initiative de l’Association Culture en Partage. Et en fin Kébé vient d’être sectionné le salon d’art contemporain Ségou’Art prevu du 4 au 7 février prochain.
Photos DR
Youssouf Koné
Ibrahim Bemba Kébé
ibrahim bemba kebe

Pays : Mali

Ses œuvres